Axiom Space et Prada viennent de dévoiler la première couche de leur scaphandre lunaire, une sous-combinaison qui refroidit le corps des astronautes et gère leur respiration. Elle se porte à même la peau pendant les sorties sur la Lune du programme Artemis, et la maison italienne y a glissé tout son savoir-faire textile. Un mariage assez improbable entre haute couture et ingénierie spatiale.
La couche qu'on ne verra jamais
L'annonce date du 7 juin et concerne une pièce que personne n'apercevra une fois les astronautes en action, puisqu'elle disparaît sous la coque blanche du scaphandre AxEMU, déjà présentée fin 2024. Cette sous-combinaison, baptisée LCVG pour Liquid Cooling and Ventilation Garment, est ce que l'on enfile directement contre la peau, un peu comme des sous-vêtements thermiques, sauf qu'elle embarque ici tout un réseau technique. C'est elle qui rend supportables des sorties dans un environnement où le corps, sans aide, cuirait ou gèlerait selon l'endroit où l'on se trouve.
De l'eau froide et de l'oxygène en circuit
Le principe tient dans un maillage de fins tubes qui suivent les grands groupes musculaires. De l'eau refroidie y circule en permanence et évacue la chaleur produite par l'effort, pendant qu'un second circuit fait passer de l'oxygène devant le visage pour chasser le gaz carbonique rejeté, ensuite renvoyé vers le système de survie qui le filtre et le réutilise. Le tout est prévu pour des sorties allant jusqu'à huit heures, avec une boucle de refroidissement entièrement redondante au cas où la première lâcherait, et un dispositif capable de régénérer son filtrage du CO2. De quoi tenir, sur le papier, face aux températures extrêmes du pôle sud lunaire et de ses zones plongées dans l'ombre permanente.
Ce que Prada apporte vraiment
Le réflexe serait d'y voir un simple coup marketing, un logo de luxe posé sur une combinaison high-tech. Sauf que Prada a réellement travaillé le tricotage technique et la modélisation en trois dimensions du vêtement, en mettant au point des fibres particulières censées encaisser des usages répétés sur toute la durée de longues missions lunaires. L'ensemble a été testé du côté de la NASA, au Neutral Buoyancy Laboratory et au Johnson Space Center, mais aussi chez Axiom et chez SpaceX. Reste la question du calendrier : cette tenue est destinée à Artemis IV, le premier vrai alunissage habité du programme, visé pour le début 2028, alors qu'Artemis III, repoussée à fin 2027, ne devrait finalement pas se poser sur la Lune.
On en dit quoi ?
Voir une marque de mode italienne s'occuper des sous-vêtements des astronautes a quelque chose d'assez savoureux, et pourtant le résultat n'a rien d'un gadget de défilé. Prada y joue son métier réel, celui du textile et de la coupe, là où Axiom gère l'ingénierie de survie, et la division du travail tient plutôt bien la route. On retiendra quand même que la pièce la plus pointue de toute la panoplie lunaire est aussi celle que personne ne verra, cachée sous la grande combinaison blanche. Reste une vraie question : un jour, retrouvera-t-on un petit logo Prada brodé sur la cheville d'un astronaute, juste pour la photo ?